Flore médicinale : morsures de serpent

A la Guadeloupe, il n’y a aucun serpent ni bête venimeuse quelconque, à l’exception du millepattes alors que la Martinique possède en outre le trigonocéphale fer-de-lance (Bothrops lanceolalus). divers scorpions et les mygales ou « matoutous-falaises (Avicularia versicolor), tous animaux venimeux, dont la piqûre, ou la morsure, pour le fer-de-lance, provoque parfois la mort. Le forestier, l’agriculteur, ou simplement le touriste, ne possède pas toujours en campagne les sérums de l’Institut Pasteur, alors qu’en cas de morsure, il est rare qu’on n’ait pas ‘sous la main un végétal alexitère, « qui porte secours » en première urgence on utilise une de ces plantes dites « tue-serpent » permettant sinon d’empêcher l’action du venin, du moins d’en retarder les conséquences funestes.

PLANTES DES ANTILLES UTILISÉES CONTRE LES MORSURES DE SERPENT

Nous ne décrivons ici que celles des genres Mikania, Mons­tera, Euphorbia et Heliotropium, mais il en existe beaucoup d’autres. L’Aristolochia trilobata L., trèfle pipe ou lierre, est l’une des plus réputées, selon Duss, RUE DE LAVIZON et les Docteurs BOCQUILLON et CABRE. Le succès de sa thérapeutique est cependant variable. La liane douce à la Martinique : A. anguicida Jacquin, et d’autres du même genre : A. obtusata Swarlz, liane fer à cheval, auraient les mêmes propriétés, dûes à une huile volatile, une résine âcre et une substance amère renfermées dans leurs racines (E. HECKEL). Dans tous les mélanges préparés avec des herbes par les gens des campagnes à la Martinique (au Morne Vert notamment) entraient l’un ou l’autre de ces Aristolochia, souvent la première espèce, les feuilles des « mourrons-calebasses » (G) ou « giroflées » (M) : Peperomia rotundifolia(L)Kunth et P. emerginella(Sw.) C. D. C., et de la racine d’acacia jaune : Acacia tortuosa (L.) Willd, et A. nilolica (L.) Delile, outre les trois espèces décrites. Dans le Sud de l’Ile, les racines pilées de la « liane griffe-chatte » : Batocydia Unguis (L.) Mart. sont mêlées à celle des acacias. Les lianes-wappes, du genre Mikania, de la famille des Composées, y sont associées et la plus fréquemment usitée est le Mikania cordifolia(L. f.) Willd., dite liane-serpent (M).

Aux alexitères internes ou externes des Antilles déjà citées ou connues, nous en ajoujerons deux signalées ici à l’attention des docteurs et pharmaciens dés départements antillo-guvanais, où elles sont fréquentes. Ce sont.: Cassytha filiformis L., Lauracée parasite, corde à violon ou liane z’amitié (G) et liane sans fin (M), très commune, d’origine américano-antillaise et dont la plante entière est utilisée dans l’Est Africain (BALLY) contre les morsures de serpent et en Indochine comme alexitère (PETELOT, Vol. III, p. 59) ; Belamcanda chinensis (L) DC., a iris blanc ou iris tigré » de Chine, si cultivé pour l’ornement, indiqué par RHEEDE dans les alexitères: de ‘Malabar, dont les rhizomes ont été l’objet en 1914 d’une étude approfondie par WANG et Hu, qui en isolèrent un. glucoside, la belamcandine, expliquant ses propriétés antipyrétiques, et qui confirmèrent l’action contre les morsures de serpent.

ALEXITÉRES DÉCRITES ET ILLUSTRÉES

  • MONSTERA PERTUSA De Wriese
  • MONSTERA DELICIOSA Liebmann (illustrée)
  • EUPHORBIA HIRTA Linné
  • HELIOTROPIUM INDICUM Linné
  • HELIOTROPIUM TERNATUM VAHL (illustrée)
  • HELIOTROPIUM ANGIOSPERMUM Murray (illustrée)
  • SYMPHYTUM OFFICINALE L. (illustrée) MIKANIA CORDIFOLIA (L. f.) Willd.
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MONSTERA PERTUSA de Vriese
et M. DELICIOSA LIEBMANN

A roïdées (Aracées)

Bois de couleuvre, liane franche, liane percée, caroal, monstera (G)
Siguine couleuvre (M) — Arum du pays, arum troué (Guy.).

 Ces noms sont appliqués aux deux monsteras, le spontané M. pertusa de Wiese et le cultivé M. deliciosa Liebmann, seul aux Grandes Antilles. pour lequel sont mentionnés les noms suivants : Ceriman (B) — Monstera (E) — Pinanona (PR).

Le M. pertusa de Wriese est natif des Petites Antilles et d’Amé­rique Centrale. Le M. deliciosa Liebmann est natif de Mexico, mais cultivé à Java et dans de nombreuses régions tropicales des deux Continents.

Liane élevée, de 5 à 10 m., grimpante, vigoureuse, vivace, à tige Cylindrique. Feuilles ovées rarement entières, souvent percées ou pénnitifides, de 3-7 trous ovales-arrondis, obliques ou à 6-10 pennes amples ; pétioles engainants, dilatés à l’apex. Spathe pédonculée verte à la base, blanche ou jaunàtre dans le haut, spadice conique libre, jeune, de 12 à 25 cm. de long, à fleurs fertiles de la base à l’apex, à 4 étamines, fruit comestibles dans les deux espèces. Celui du M. deliciosa a une odeur et un goût d’ananas, de muscat et de fraise en mélange, mais la présence de spicules d’oxalate de calcium, causant une légère irritation de la gorge, a empêché, l’extension de ce fruit dont l’arôme est délicieux.

Espèces voisines : Le Monstera acuminata, d’Amérique Centrale également, est très proche_

Propriétés médicinales — Selon Descourtilz, Duss et Cabre, le suc de la racine est un alexitère interne et sert à la Martinique con­tre la morsure du serpent. La recherche de ses principes actifs demeuré à effectuer, tant pour l’espèce autochtone que pour celle cultivée.

Écologie — Epiphyte, lianoïde, grimpant le long des troncs dans l’étage inférieur des grands bois on sur les ponceaux des ravines confectionnées avec des troncs (M. perfusa). Cultivée (M. deliciosa).

Régions inférieure et moyenne Alt. 100-780 mètres.

Guadeloupe — Forêts des Bains-Jaunes, du Parnasse à l’Ajoupa, Bassin Bleu, Bois du Matouba, de Dugommier, Forêt des Ténèbres, Rivière Rouge, Noire et aux Ecrevisses, Ravine Chaude, Sofaya. Descend jusqu’à la Ravine de Bélost à Basse-Terre (Espèce spon­tanée).

Basse-Terre, Pointé-à- Pitre, Vernou, Prise-d’Eau, C. R. A. (Espèce cultivée).

Martinique — Tivoli (les 2 espèces), Rivière Madame, Balata, Fontaines Didier et Absalon. Bois de l’Alma, de la Médaille et des Deux Choux, la Régale. Trianon, Ajoupa-Bouillon, Lorrain, habi­tations La Montagne, Perinell. Morne Rouge et hauteurs de Morne Vert, vers les Pitôns du Carbet.

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EUPHORBIA HIRTA Linné
Euphorbiacées (Famille du ricin)

Malnommée vraie, ti-lait, herbeà pilules (G) — Malnommée (M) Lechecillo (E) —:Malnommée (F).

Amérique tropicale continentale, de la Floride et du Mexique au Brésil,. Antilles : Des Bahamas à Trinidad.

Annuelle, branchue, pubescente, dressée ou oblique, à tige bifur­quée, rougeâtre, de 10 à 50 cm. de haut. Feuilles ovées ou oblongues-lancéolées, falciformes, obliques, assymétriques, striées de rouge-pourpre, dentées, poilues ; stipules aristés ; limbes de 1 à 3 cm. de long ; pétioles très brefs. Inflorescence : cymes axillaires et termi­nales, denses, composées de fleurs mâles et de fleurs femelles distinctes (schéma). Capsule poilue, tricoque, pubescente ; graines à 4 angles, ovoides, rouge saumon, inférieures mm, angulées et striées.

Espèces voisines : Dans le grand genre Euphorbia. si utilisé pour ses propriétés allopathiques et homéopathiques, les espèces les plus proches et d’intérêt médicinal aux Antilles françaises sont : E. hypericifolia L., malnommée verte, E. pulcherrima, Willd, six mois verts, six mois rouges.

Propriétés médicinales. — Plante entière : Alexitère, fébrifuge, diurétique, antispasmodique,  anti-asthma tique, contre les bronchites chroniques et les morsures de serpent. Les Caraïbes Callinago l’utilisaient aux Petites Antilles pour faire disparaître les taies de la cornée en instillant le latex de la tige dans l’oeil (R. P. Breton, 1665). Classée par Descourtilz dans les alexitères internes. Tiges diuré­tiques. Feuilles narcotiques et fébrifuges en infusion.

Én allopathie. — Le Docteur Tison considère cette plante comme le « véritable spécifique de l’asthme vrai » avec le mode d’emploi suivant : Faire bouillir 30 gr. de la plante dans 2 litres d’eau jusqu’à réduction de moitié et absorber un verre de cette décoction 3 fois par jour. Dose d’extrait•fluide : 10 à 30 gouttes (Dr. Bocquillon).

En médecine homéopathique. — Les principales indications de cette espèce en sont, selon le Docteur Cabre (asthme à forme catarrhale, bronchite, fièvre des foins, hémorragies après. insolation ou traumatisme, leucorrhée acide, urétrites avec douleur.

L’espèce voisine E. hypericifolia L. a une action comparable et sert aussi parfois à remplacer l’ipéca, son action est surtout recom­mandée pour les voies respiratoires, l’estomac, l’intestin et les organes génitaux de la femme (Cabre). Certains docteurs à la Guade­loupe ont utilisé avec succès le mélange des deux espèces.

Ecologie. — Indifférente, sols acides ou basiques, secs ou humides. Liée à la culture, qui facilite la dissémination de ses nom­breuses graines (des milliers par pied).

De nombreuses variétés, formes ou races, ont été nommées qui ne sont, à notre sens, que des adaptations écologiques. Le synonyme le plus usité est E. pilulifera L. (Urban, Duss, Cabre, etc.).

Régions inférieures et moyennes. Alt. 0-800 m. Très répandue.

Guadeloupe et Martinique. — Généralisée dans tous les secteurs cultivés, y compris les Dépendances, même les plus restreintes (Saintes et Petite-Terre).

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HELIOTROPIUM IHDICUM Linné
Boraginées (Boraginaeées)

Crête coq d’Inde, grosse verveine, crête à coq, verveine à pian (G) Herbe à verrues, herbe à malingres, herbe à pian (M) — Grosse verveine (Guyane). — Indian héliotrope (B) — Cotorrera (E) Crête coq (H) — Mocos de pavo (D).

Originaire des tropiques de l’ancien continent. Introduit de l’Inde. Naturalisé. Port dressé, annuelle ou bisannuelle, de 50 à 90 cm. de haut ; grisâtre, à racine pivotante, blanchâtre, tige poilue, épaisse, branchue. Feuilles ovées, obtuses, larges, gauf­frées et par4. Fleura bleutées ou blanches (dessin à droite), à 5 sépales pointus, pétales en entonnoir et lobes ondulés. Fruits en 2 paires bilobées (plante entière), glabres, de 2 à 3 mm. de long (dessin en bas).

Espèces voisines. — Deux autres espèces d’Heliotropium : H. angiospermum L. et H. ternatum Vahl, ainsi que celles des deux genres Tournefortia et Symphytum. (Dessins).

Intérêt agronomique. — Champs de cannes bien fumés et riches. Friches humifères, décombres, talus, savanes et pâtures fertiles. Caractères agronomiques indiqués dans le vol. I, au groupe des « Nitrophiles ».

Utilisations médicinales. — Feuilles : Détersives, dessi­catives, et résolutives (Descourtilz). Suc utilisé, dans l’Inde et l’Afrique, contre les morsures des serpents venimeux, après infusion du résidu de l’expression donné à boire au patient (Bocquillon-Limousin). Ce suc des feuilles serait actif contre les furoncles douloureux, les anthrax, la pharyngite, l’angine ten­sillaise et donnerait un soulagement de la douleur et de la constriction. Spécifique des aphtes et des ulcérations de gorge et du pharynx : employé en infusion et en gargarisme (H. Cabre). En cataplasme, les feuilles sont employées, à la Réunion et en Cochinchine, comme résolutives (B.-L.) et comme maturatives (E. Heckel). Leur infusion provoquerait la diurèse.

Tiges. — Le suc, comme celui des feuilles, serait usité contre l’ophtalmie et pour le pansement des plaies (E. H.). En homéopathie, H. Cabre signale l’indication dans la «Matière Médi­cale Américaine » : Déplacement utérin avec sensation de bearing douro et extinction de la voix : Dysménorrhée membraneuse.

Ecologie. —Sol riche en matières organiques, calcaires ou volcaniques, frais. Climat variable, de 1 m. à 2 m. de pluie. Forme des plages dans les endroits fertiles ou pousse isolément. Région inférieure et moyenne. Alt. 0-650 m. Observé un peu partout, mais abondant nulle part. Bien connu.

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Guadeloupe. — La Jaille, Lamentin, Courcelles, La Retraite, Prise-d’Eau, Baillif, Vieux-Habitants, Marquisat, Basse-Terre, Gourbeyre, Trois-Rivières.
Grande-Terre : Gosier, Blanchet, Sainte-Anne, Courcelles,. Petit-Canal, etc…
Dépendances : Saintes, Marie-Galante, Désirade, Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Martinique. — Tivoli, Fort-de-France, Ducos,’. Rivière Salée, Lamentin, Balata, Marigot, Saint-Pierre, Morne Rouge.

Parmi les espèces voisines citées, les deux autres héliotro­pes seraient à étudier et le genre Tournefortiu de même, sur­tout dans T. volubilis L. et T. hirsulissima, dites « lianes à chique » ou « lianes noires ». Le Symphytum officinale L., natu­ralisé, qui est la « grande consoude », est bien connu. (Dessin).

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