Dans la classe des reptiles, ce sont eux qui ont suscité le plus de commentaires, qui ont fait naître le plus de légendes et semé le plus de panique dans nos populations.

LE SERPENT VENIMEUX

Le Bothrops ou Trigonocéphale(Bothrops lanceolatus, Lacépède)
Avec ces animaux, nous entrons dans le domaine des reptiles. Comme leur nom l'indique, ces êtres ont tous un caractère commun, celui de ramper sur le sol. A cet égard, ces animaux terrestres, s'ils se déplacent assez difficilement sur la terre ferme, représentent cependant une étape fondamentale de l'histoire biologique. En effet, avec eux les êtres animés ont quitté définitivement le milieu aquatique pour conquérir le sol, il y a de cela plus de 200 millions d'années. A cette époque, nos îles, la Guadeloupe et la Martinique, n'avaient pas encore émergé des océans, car elles datent à peu près de 50 millions d'années. Quoiqu'il en soit, des reptiles venus d'ailleurs se sont installés dans nos îles. Précisons tout de suite qu'il ne faut pas confondre « Reptiles » et « Serpents ». Si ces derniers sont effectivement des reptiles, ils sont loin de constituer à eux seuls l'ensemble de cette classe. La classe des reptiles comporte aussi des animaux dont les noms sont bien connus, puisqu'il s'agit des Lézards, des Cocrocodiles et des Tortues.
Dans nos îles des Antilles, les seuls représentants de la classe des reptiles sont les Serpents (Ophidiens), les Lézards (Sauriens) et les Tortues (Chéloniens).

« Trigonocéphale », « Fer de Lance » ou tout simplement « Serpent », voilà comment on appelle le serpent de la Martinique. Dans la classe des reptiles, c'est lui qui a suscité le plus de commentaires, le plus de légendes et a semé le plus de panique dans nos populations.
Sa présence à la Martinique et à Sainte- Lucie date des temps les plus anciens. Il était déjà là à l'arrivée des premiers colons français qui furent tellement effrayés qu'ils abandonnèrent la Martinique pour s'installer en Guadeloupe où les serpents n'existaient pas.
« Le 25 juin 1635, le capitaine Fel et David Michel, qui naviguaient de concert depuis Dieppe, donnaient presque en même temps l'ordre de mouiller, à quelques encablures de l'anse où se blottit aujourd'hui le bourg de La Case-Pilote. Les civadières n'étaient pas ferlées qu'une troupe, commandée par l'Olive et du Plessis, gagnait le rivage à force de rames. Les premiers colons français foulaient le sol de la Martinique. Quand tout le monde eut atterri, les chefs de l'expédition prièrent

« Le serpent de la Martinique est un des représentants les plus dangereux de la venimeuse famille des Crotalidés. »
D'ou vient ce serpent qui a posé tant de problèmes aux habitants de la Martinique ?
serpentL'origine de ce reptile venimeux et les conditions de son installation dans nos îles ont fait naître beaucoup de controverses. Dès 1667, le R.P. Du Tertre, dans son « Histoire naturelle des Antilles », s'étonnait de son existence à SainteAlousie (Sainte-Lucie) et à la Martinique, à l'exclusion des autres îles qu'il avait visitées, où l'on pouvait rencontrer des couleuvres d'espèces variées, parfois même des Boas, mais jamais de serpents venimeux.

Ce qu'en dit le R. Du Tertre (1650) :
Plusieurs personnes s'estonnent avec assez de raison de ce que les Isles de la Martinique et de Sainte-Alousie, étant situées au milieu de toutes les Antilles, qui n'ont point de bestes vénéneuses, produisent néantmoins des serpens, dont les piqueures mortelles ont fait perdre la vie à tant de François, de Sauvages et de Nègres. »
Quelques-uns croyent que cela procède de l'intempérie du climat..., d'autres croyent, avec plus de probabilité, que cela vient du terroir qui est extrêmement pierreux, et tout semblable à celuy dans lequel les vipères de l'Europe se plaisent davantage. »

« Il n'est pas hors de propos de rapporter icy l'opinion des Sauvages sur cette matière. Quelques-uns d'entr'eux nous ont asseuré, qu'ils tenoient par tradition très- certaine de leurs pères, que cela venoit des « Arroüagues », nation de la terre ferme, ausquels les « Kara'ibes » de nos Isles font une très-cruelle guerre. Ceux-là, disent-ils, se voyant tourmentez et vexez par les continuelles incursions des nostres, s'avisèrent d'une ruse de guerre no commune, mais extrêmement dommages ble et périlleuse à leurs ennemis, car ils amassèrent grand nombre de ces serpens, lesquels ils enfermèrent dans des paniers et callebasses, les apportèrent dans l'Isle de la Martinique, et là leur donnèrent liberté, afin que sans sortir de leur terre, ils puissent par le moyen de ces funestes animaux, leur faire une guerre immortelle. »