Aux premiers temps de la colonisation, les forêts martiniquaises étaient habitées par quelques espèces de Perroquets.
Dans les récits des premiers chroniqueurs, de nombreuses pages ont été consacrées à ces oiseaux, qui étaient l'une des richesses de nos forêts.
« Nous avons dans nos îles 3 sortes d'oiseaux, que l'on est obligé de distinguer bien qu'ils se rapportent tous, comme à leur véritable genre au Perroquet : car l'Arras, les Perriques, et même le Canivet de la terre ferme sont de véritables Perroquets », écrivait en 1667 le R.P. Du Tertre. Il poursuivait ainsi : « Il est vrai qu'ils sont si dissemblables, selon les terres où ils repairent, qu'il n'y a pas une Isle qui n'ait ses Perroquets, ses Arras, et ses Perriques, dissemblables en grandeur de corps, en ton de voix et en diversité de plumage. Cela n'empêche pas pourtant qu'ils ne conviennent tous en ce qu'ils ont la tête de la même forme, le bec courbé, la langue grasse et épaisse, quatre doigts ou griffes aux pieds, qu'ils mangent de la même façon, et ont tous l'inclination de caqueter, et même de s'entretenir avec les hommes. »
« Ce serait entreprendre une chose très difficile de vouloir décrire les admirables bigarrures de leurs plumes ; outre qu'ils sont présentement si communs en France, que ce n'est plus une chose nouvelle : c'est pourquoi il suffira pour la satisfaction du lecteur d'en décrire quelques-uns dont j'ai encore la mémoire toute fraîche, et de commencer par l'Arras, qui est le plus beau et le plus grand de tous les Perroquets de nos Isles. »

L'Ara

Les Aras sont les plus grands des Perroquets. On peut encore les rencontrer dans les forêts d'Amérique, du Mexique au Sud du Brésil. Ces oiseaux appartiennent à l'ordre des Psittaciformes, groupe propre aux tropiques, qui comprend plus de 300 espèces. Leur bec crochu est utilisé pour casser les fruits aux enveloppes dures. Leur mandibule inférieure peut effectuer un mouvement d'avant en arrière contre le dessous de la mandibule supérieure, laquelle est munie de saillies transversales cornées formant une râpe. Excellents grimpeurs, les Aras, comme tous les autres Perroquets, se servent de la pointe de leur bec comme d'une espèce de troisième patte. Ils ont deux doigts dirigés en avant, et deux en arrière.
Dès le 17e siècle, il était décrit par les premiers chroniqueurs des Antilles :
« Il a la tête, le col, le ventre, et le dessus du dos, de couleur de feu : ses ailes sont mêlées de plumes, jaunes, de couleur d'azur, et de rouge cramoisi : sa queue est toute rouge, et longue d'un pied et demi... » (R.P. Du Tertre, 1667).
Quelles étaient les moeurs de cet Ara ? Son alimentation :
Les graines et les fruits de nos forêts constituaient pour l'Ara l'alimentation de base. Selon le R.P. Du Tertre, il pouvait même se nourrir de pommes de mancenillier. On peut se demander si cette assertion est exacte, car ce fruit est un poison violent qu'aucun autre animal ne consomme à l'exception des « Tourlouroux ».

Sa vie dans la forêt :

L'Ara était un oiseau bruyant, que l'on repérait facilement. Peu farouche,- il se laissait approcher, et tuer. Même quand il voyait ses compagnons abattus d'un coup de fusil, il ne comprenait pas qu'il risquait de subir le même sort, et restait impassible sur sa branche. Voici ce qu'en disait le R.P. Du Tertre :
Il a le port grave et assuré, et tant s'en faut qu'il s'étonne pour plusieurs coups de fusil sur l'arbre où il est branché ; qu'au contraire il regarde et conduit de l'oeil ses compagnons, qui tombent morts à terre, sans s'en ébranler aucunement ; si bien qu'on en tire quelquefois cinq ou six sur le même arbre, sans qu'ils fassent mine de s'envoler. »

Sa reproduction :

On sait que le mâle et la femelle se quittaient peu, que la reproduction se faisait une fois ou deux l'an, que leur nid consistait en un simple trou dans la souche d'un arbre, et où la femelle pondait deux oeufs.

Un oiseau qui a été exterminé

La chasse qui leur fut donnée, soit pour leur chair, soit pour leur plumage, conduisit assez rapidement à la disparition de ces Aras. La date de leur extinction est incertaine, mais on pense qu'elle se situe à la fin du 18e siècle.

Comment les Caraïbes capturaient les Perroquets et les apprivoisaient

C'est au Père Labat que nous devons cette description :
« La manière dont nos Caraïbes prennent les Perroquets est trop ingénieuse pour ne pas l'écrire ici. Je ne parle pas des petits qu'ils prennent dans le nid, mais des grands. Ils observent sur le soir les arbres où il s'en perche le plus grand nombre, et quand la nuit est venue, ils portent aux environs de l'arbre des charbons allumés, sur lesquels ils mettent de la gomme avec du piment vert, cela fait une fumée épaisse qui étourdit de telle sorte ces pauvres oiseaux qu'ils tombent à terre comme s'ils étaient ivres ou à demi-morts. Ils les prennent alors, leur lient les pieds et les ailes, et les font revenir en leur jetant de l'eau sur la tête. Quand les arbres sont trop hauts pour que la fumée puisse y arriver et faire l'effet qu'ils prétendent, ils accommodent des couis au bout de quelques grands roseaux ou de quelques perches, ils y mettent du feu, de la gomme et du piment, ils les approchent le plus qu'ils peuvent des oiseaux et les enivrent encore plus facilement... »

« Pour les apprivoiser et les rendre traitables, ils ne font que les laisser jeûner pendant quelque temps : et quand ils jugent qu'ils ont faim, ils leur présentent à manger ; s'ils mordent et qu'ils se montrent trop revêches, ils leur soufflent la fumée du tabac au bec, ce qui les étourdit de telle manière qu'ils oublient presque aussitôt leur naturel sauvage ; ils s'accoutument à voir les hommes, à s'en laisser toucher, et deviennent en peu de temps tout à fait privés, ils leur apprennent même à parler. »