Très commun en Martinique, ce petit arbre y pousse partout comme la mauvaise herbe, même dans les lieux les plus déshérités.
Le fait qu'on ne le trouve nulle part dans le monde à l'état sauvage, ne permet pas de connaître son origine avec précision. On pense néanmoins qu'il viendrait d'Amérique Centrale. Il était déjà dans nos îles au début de la colonisation, car il fut décrit de façon précise par le R.P. Du Tertre

« La plupart des habitations nouvellement défrichées produisent, sans aucune culture, des arbres très particuliers en leur forme : car ils sont gros comme la jambe, hauts d'une pique ou environ, droits comme des flèches et sans aucune branche. Ces arbres sont creux et n'ont qu'un pouce ou environ, d'un bois si tendre, que l'on coupe aisément tout l'arbre d'un coup de serpe ». Il poursuivit ainsi : « toutes ses feuilles (qui sont semblables à celles du Figuier en France, mais deux fois plus grandes) sont attachées depuis le haut de l'arbre jusqu'à un pied au-dessous, par des queues longues comme le bras, grosses comme le pouce et grosses comme des flûtes. Au-dessous de toutes ces feuilles, il y a environ une trentaine de fruits attachés immédiatement à l'entour de l'arbre, dont ceux qui sont les plus bas, sont les plus gros et les plus mûrs ».

Comme pour beaucoup de nos arbres et de nos arbustes, on rencontre, dans la nature, des Papayers mâles et des Papayers femelles. Les deux fleurissent, mais seules les plantes femelles portent des fruits. Les fleurs mâles sont de même couleur que les fleurs femelles. Elles sont blanc-jaunâtre, portées sur de très longs pédoncules. Les fleurs femelles, par contre, plus larges, ont la forme d'une petite bouteille, coiffée d'une sorte de frange. Il est difficile de distinguer les deux arbres quand ils ne sont pas en fleurs.

Un fruit aux mille vertus

Baie de taille moyenne, la Papaye peut atteindre de 15 cm à 40 cm de dimension et un diamètre de 7 à 25 cm. Elle est généralement verte avant maturité et jaune-orange une fois mûre. C'est un fruit sain, rafraîchissant, auquel on attribue, dans nos îles, beaucoup de vertus. Il est particulièrement conseillé de la manger le matin à jeun. Les grains, vermifuges, constituent un excellent traitement contre les vers intestinaux et la constipation.
La Papaye contient un certain nombre de vitamines A. B et C, du calcium et du fer aussi. On peut la manger fraîche, sous forme de jus, en confiture aussi. Mais le jus de Papaye ne fait pas encore vraiment partie de nos habitudes alimentaires.

Une enzyme : la papaïne

En plus d'un latex abondant, toute la plante contient une diastase ou enzyme, la papaïne, qui digère les protéines. On emploie cette propriété pour attendrir les viandes. Il paraît qu'il suffit d'envelopper une viande dure dans des feuilles de Papayer, pour qu'elle soit tendre à la cuisson. Selon certains auteurs, la papaïne aurait encore d'autres utilisations : « elle serait utilisée dans certains pays en pharmacie, dans les préparations destinées au traitement des insuffisances gastriques ou duodénales ; elle intervient aussi dans la confection de « chewing-gum » de qualité, mais aussi en brasserie pour améliorer le maltage par traitement de l'orge, pendant l'opération de mouillage. Les laboratoires bactériologiques et biochimiques l'utilisent pour la préparation des milieux de culture » (R. Van Laere).

Diverses variétés de Papayers

Certains Papayers donnent de petits fruits généralement ronds, d'autres, par contre, portent de gros fruits, très allongés, ressemblant à des Pastèques. Cette dernière variété, à croire le R.P. Du Tertre, serait originaire de l'île de Sainte-Croix. D'après lui, les Français, chassés de cette île par les Anglais, apportèrent les graines en Guadeloupe, en 1645. Selon toute vraisemblance, ce Papayer, rapporté de SainteCroix, est de la même espèce que l'autre à fruit rond (Carica papaya L.) et de la même famille. Celle-ci est du reste assez voisine des Passifloracées et des Cucurbitacées.