Les terres tropicales basses de l'Amérique centrale et des Antilles ont offert au colonisateur européen l'occasion de créer un système socio-économique original. Ces régions, propices à la culture d'importantes denrées d'exportation, étaient à peine peuplées, et rapidement les Amérindiens en furent éliminés. L'exploitation du sol n'eut donc pas à se plier aux contraintes qu'imposa dans d'autres régions la présence d'une nombreuse population indigène. Plus que partout ailleurs la mise en valeur pût répondre aux seuls impératifs économiques et la société qui s'édifia en reçut directement la marque.

Mais les colons venus se fixer dans ces contrées, en particulier ceux qui s'installèrent dans les Petites Antilles, subirent d'autres pressions que celles de leurs propres besoins : celle des puissances européennes dont ils dépandaient ; celles-ci contrôlèrent de très près l'orientation économique de leurs territoires américains et canalisèrent leur activité en fonction de leurs propres intérêts. Aussi, l'organisation et l'exploitation de ces terres, centrées sur les besoins prioritaires des métropoles, ne les conduisirent-elles pas vers un développement autonome et équilibré. Ainsi naquit un système où la monoculture de produits tropicaux destinés à l'exportation vers un marché privilégié devint l'essentiel, tandis que les autres activités locales étaient freinées, l'agriculture de subsistance étant réduite elle-même à son minimum. L'exclusif empêcha tout développement autonome du commerce et de l'industrie : dès les origines, les Antilles, modelées étroitement par la vie économique des puissances dont elles dépendaient, se développèrent sous le signe de cette dépendance.

Ces lignes de force, autour desquelles s'élabora l'organisation sociale que nous pouvons actuellement observer, ont imprégné toute cette aire d'une unité certaine. Du Brésil jusqu'au Sud des Etats-Unis, en passant par les Antilles et par les côtes orientales de l'Amérique Centrale, émergèrent des structures homologues que caractérisent trois éléments primordiaux :

l'existence d'unités agricoles de grande dimension dévolues à la monoculture des produits destinés à l'exportation,
une stratification sociale où une aristocratie foncière contraste avec une masse de travailleurs manuels,
la coïncidence de cette stratification sociale et d'une diversité raciale. Partout, la classe dominante est d'ascendance européenne et maintient son identité ethnique par une endogamie strictement contrôlée. Le contraste originel entre maîtres blancs et esclaves noirs a pu s'atténuer par l'abolition de l'esclavage et l'interposition de groupes intermédiaires, mais il n'a pas disparu tant que l'organisation socio-économique n'a pas été fondamentalement remise en question ».
Ceci a amené cette configuration originale signalée par le professeur Jean Benoist au début de son étude :
structures économiques profondément marquées par les besoins et les décisions des métropoles,
dualité des groupes habitant et travaillant ces plantations destinées à assurer l'exportation et l'approvisionnement des marchés des métropoles.

Jean Benoist note :
« Ni l'un ni l'autre (des groupes) n'occupe de façon exclusive le domaine où il domine et hien souvent ce chevauchement conduit à cette ambivalence des appartenances et à ces brusques sautes d'un système à un autre qui frappent l'observateur des cultures afro-américaines et des sociétés de plantation où elles sont insérées. Cet ensemble est suffisamment éloquent pour que toute la zone intertropicale américaine puisse être considérée comme une véritable zone culturelle : l'Amérique des plantations ».

L'expression « Amérique des plantations » englobe aussi les Petites et les Grandes Antilles, ces îles ayant été colonisées en même temps et selon les mêmes principes que la Terre ferme. Le « système des plantations » a alors structuré l'organisation sociale.

A l'intérieur de ce système, la typologie des plantations présente des formes diverses :

l'hacienda (un individu ou une famille),
l'habitation familiale (trait principal des plantations antillaises)
société anonyme dérivant d'une «habitation familiale»
(les membres de la famille qui gèrent la propriété sont des salariés de la société),