Le 26 février 1987, à Miami, un formidable hommage était rendu à Césaire au cours d'un gala, hommage qui lui était rendu, tout un symbole, par Wole Soyinka, le premier Noir Prix Nobel de Littérature, et par Léopold Sédar Senghor.
Le brillant discours prononcé par le poète martiniquais à l'Université Internationale de Floride a manifestement marqué tous les participants à cette conférence.

Césaire y a développé le sens mêmede ce mouvement qui, révolté au départ contre le « réductionnisme européen », l'est encore au jourd'hui par la prise de conscience, de notre fidélité et de notre solidarité.
Comme quarante ans auparavant, lorsqu'il créa cette ouverture avec Senghor et Damas, Aimé Césaire redonnait alors espoir aux minorités.

Ce soir-là, la grande conférence donnée à l'Université Internationale de Floride à Miami était intitulée : « Négritude ethnicité et culture africaine aux Amériques ». Plus de 500 ambassadeurs du monde politique et culturel de la diaspora noire avaient répondu présent pour cette rencontre, particulièrement dédiée au fondateur du mouvement de la négritude, le poète martiniquais mais alors, également, maire de Fort-de-France, Aimé Césaire.
Un hommage mondial qui avait, ici, à Miami un impact tout particulier, compte tenu de la qualité des personnalités présentes à cette conférence, venues, le mot n'est pas trop fort, remercier, comme l'a dit le professeur Carlos Moore, coordinateur de cette manifestation « le grand écrivain du monde noir... ». Egalement présent pour cette « Of black history » comme titrait le Miami Herald, l'autre précurseur de la négritude, l'ancien président du Sénégal Léopold Senghor, qui venait, pour l'occasion, pour la première fois en visite privée aux Etats-Unis.
Organisé pour la troisième fois en vingt ans ce grand rassemblement de l'intelligentia noire intervient, à l'époque, dans un monde miné par l'intolérance et la ségrégation.
Quoi qu'il en soit, si le monde des peuples noirs se souvient surtout de ses martyrs, il sait également faire référence à ses leaders universels s'investissant dans la colere et la révolte du dominé. C'est sans conteste là, toute la force de l'hommage rendu à Aimé Césaire.
L'honneur mondial qu'il reçut dans la capitale de la Floride prit pour ses pairs, ni plus ni moins que la forme d'un remboursement de dettes. L'enracinement culturel à l'Afrique-mère, la négritude, jalonnement d'une histoire. C'est tout cela que les intellectuels noirs et particulièrement américains se ré-approprient alors presqu'en s'excusant. La dette remboursée en quelque sorte par ces intellectuels est tout simplement celle de l'histoire, la vérité d'une lecture universelle de l'opprimé. Le texte de Césaire sue, en effet, aussi bien du dos ensanglanté des cueilleurs de coton de Virginie, des aisselles du paysan haitien, du front ridé des paysans latino-américains, des pieds « dames » du cultivateur martiniquais. C'est ce combat qui s'inscrit dans le mouvement de cette conférence de Miami.
L'écrivain martiniquais est présent comme le symbole de cette mémoire, de cette fidélité, mais aussi de cette solidarité qu'est la négritude. Une attitude active et offensive de l'esprit comme a dit Césaire contre « le système aboutissant à une très stricte hiérarchie... ».

« Une forme rationnelle et scientifique de barbarie »

Une hiérarchie dans laquelle, bien sûr, le nègre, et le dominé en général, n'a même pas sa place, parce que pris dans un système universel, qui a mis en place: « une forme rationnelle et scientifique de barbarie... ».
En ce sens, ni sa littérature, ni sa poésie, ou tout simplement une quelconque spéculation, ne sont « innocente ou inoffensive... ».
Le combat de la négritude en temps que mouvement réactif à l'aliénation est donc encore d'actualité dans un monde toujours enlisé dans l'inégalité.
Aimé Césaire a ni plus ni moins placé ce combat dans l'universel, c'est-à-dire, dans l'engagement et le dépassement.
Aussi, Carlos Moore, le grand organisateur, de cette conférence a manifestement réussi son pari: celui de la fraternité et de la solidarité.

R.R