| Origine des goûts et arômes des rhums Martinique |
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Les plus anciens auteurs ayant décrit les premières eaux-de-vie de canne (comme Du Tertre) ont toujours souligné la présence marginale, conjointement au tafia de mélasse, d'un rhum « habitant », issu du seul jus de canne après broyage, en vantant son goût exceptionnel comparativement au premier.
Si certains veulent s'attacher à la variété de canne, son génome lui confère une expression d'une très grande variabilité. Une même variété de canne plantée à quelques kilomètres de distance pourra donner, un produit différent. Le climat peut varier et si la canne demande une certaine quantité d'eau pour sa croissance, un stress hydrique lui est nécessaire pour atteindre sa maturité. Aussi, lors d'une campagne très sèche, se développeront les arômes de cannes mûres associés d'un peu de végétal sec (thé/tisane) et de fruits tropicaux en confiture. Au contraire, en année humide, la canne est encore suffisamment verte, avec une composante végétale plus accentuée (foin,...) et des notes de fruits frais, notamment d'écorce de lime. L'obtention du jus de canne n'est qu'une première étape. Ensuite, vient la fermentation qui peut consommer une partie des arômes présents, mais aussi en développer d'autres, à partir de "précurseurs" ou par des synthèses propres à la levure. Encore faut-il conserver les arômes souhaités au cours de la distillation. La fermentationCette étape est essentielle dans l'élaboration du rhum agricole, de sa maîtrise dépendra la composition du produit final. Pour éviter tout risque de dérive sanitaire, bactérienne en particulier, des levures sont ajoutées au jus frais. Toutefois, il peut subsister une part plus ou moins importante de germes extérieurs provenant des champs (lactobacilles...). De l'expérience actuelle, il apparaît qu'un état sanitaire poussé conduit à des arômes de fruits amyliques (banane,...) plus importants, accompagnés de notes liées aux levures (pain d'épice, brioche...) alors que les fermentations moins draconiennes donnent des notes un peu plus oxydées (poire, ti-baum...) et végétales (alcools en C6, dits "lourds") relevant le caractère de canne. La distillationIl est communément admis que la distillation ferait l'essentiel du rhum alors que sa participation aromatique reste faible, hormis quelques estérifications par le cuivre et le temps de chauffage (bénéfique à l'évaporation, mais maîtrisé pour éviter des goûts de brûlé). Le rôle capital de la distillation est dans la séparation de l'alcool et des arômes à partir du vin. Ceux-ci sont plus ou moins volatils, aussi en fonction du montage des colonnes, du temps de chauffe et du degré de coulage (optimal entre 65 et 75% vol.), seule sera extraite une certaine fraction des fragrances du vin (issus de la canne et de la fermentation). Ainsi, un trop haut degré de coulage éliminera bien des composés (le produit obtenu sera plus neutre, style tequila) tout en apportant de l'acidité. Inversement, à un trop bas degré de coulage, seront présents des arômes plus rustiques, plus verts (herbacés)... Le rhum de coulage est un rhum frais qui est souvent assez rude et impropre à une consommation immédiate, notamment par la présence d'aldéhydes. Ceux-ci réagissent avec les acides et l'éthanol présents pour donner des molécules aromatiques bénéfiques. C'est pourquoi la grappe fraîche est laissée en repos quelques semaines et brassée pour favoriser ces réactions lentes. Le Rhum Blanc Agricole MartiniqueLe Rhum Blanc Agricole, propre à la consommation, est obtenu par réduction contrôlée à l'eau neutre. Véritable image des étapes de fabrication, il portera des arômes floraux, fruités et végétaux propres aux conditions de son élaboration. Le Rhum Elevé-Sous-Bois Agrico' MartiniqueSouvent connu par des marques choisies parmi la gamme de coloration qu'il peut prendre, ce type de rhum (anciennement appelé "rhum brun") est mis sous chêne pendant au moins douze mois. De manière traditionnelle, il est élevé en grand foudre. A l'intérieur de ce dernier, par la faible surface de contact et le peu de temps passé, il gagne des arômes de bois tout en conservant ceux de sa matière première. Le choix du vieillissement en petits fûts et pendant plusieurs années (plus de trois ans), amène à la disparition des arômes de cannes pour laisser apparaître, avec l'âge, selon le mode et la technique de vieillissement, des arômes très spécifiques, notamment par macération et microoxygénation (passage de l'oxygène à travers le bois). Les notes fruitées évolueront des fruits secs vers des fruits à l'eau-de-vie, les épices passeront de la vanille à la muscade via la cannelle, et le bois se développera, en s'accompagnant entre autres, de notes de torréfaction (liées au brûlage des fûts) De tels savoir-faire sont le propre de chaque distillerie et s'expriment dans la continuité de pratiques ancestrales modulées, aménagées ou amendées par l'expérience et l'évolution des connaissances pour garder l'âme de ce produit, de sa culture, véritable carte postale et ambassadeur de l'île. | |