An tan lontan
Les difficultés avec les Caraïbes | Les difficultés avec les Caraïbes |
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Les « Sauvages », qui ne souffrent plus le voisinage des Européens que contre leur volonté, commencèrent bientôt après à murmurer ; et quelques-uns d'entre eux (car ils n'étaient pas tous d'un même sentiment) ayant eu différend avec les Français, il y en eut de tués de part et d'autre. Les « Sauvages » pourtant ne se croyant pas assez forts, crurent que pour chasser entièrement les Français de l'île, il fallait avoir recours à leurs voisins. Pour ce sujet, ils appelèrent à leur secours ceux de la Dominique, de Saint Vincent et de la Guadeloupe ; et ayant composé un corps de quinze cents hommes, ils se présentèrent sous le fort, faisant mine d'y vouloir descendre. Monsieur du Pont, qui avait été averti de cette entreprise, avait fait retirer tous ses soldats dans le fort et fait charger trois pièces de canon de balles de mousquet, de clous et de mitraille, jusqu'à l'embouchure, et défendu que pas un de ses gens parût hors du fort ; ce qui ayant rendu les « Sauvages » hardis, qui se persuadaient que les Français, épouvantés de leur nombre, n'osaient paraître, ils s'en vinrent en foule et en confusion proche le Fort ; mais le Sieur du Pont ayant pour lors fait mettre le feu à l'un de ses canons, il fit un carnage si étrange de ces barbares, que croyant que tous les Maboyas de France étaient sortis de la gueule de ce canon pour les détruire, ils coururent avec une vitesse incroyable vers leurs pirogues et regagnèrent la mer, si épouvantés de l'effet de ce canon, que contre leur coutume, ils ne s'amusèrent point à ramasser, ni leurs morts, ni leurs blessés. Le Sieur du Pont extrêmement satisfait de cet accord, qui mettait ses gens en état de s'établir et d'occuper les plus beaux quartiers de l'île, partit aussitôt de Martinique pour en porter lui même les heureuses nouvelles à Monsieur d'Esnambuc ; mais à peine eut-il appareillé, que son navire fut surpris d'une violente tempête, qui le porta à la côte de l'île d'Hispaniola, que nous appelons communément Saint-Domingue, où il fut fait prisonnier par les Espagnols, avec tout l'équipage ; et comme il paraissait quelque chose de grand en sa personne, ils le séparèrent des autres, et l'enfermèrent dans une obscure prison, où il demeura l'espace de trois ans, sans que l'on put savoir aucune nouvelle, ce qui fit croire qu'il était péri en mer Cet accident fit beaucoup souffrir les habitants auxquels il avait promis d'apporter des vivres de Saint-Christophe, ceux qu'ils avaient n'étant pas encore mûrs. |